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L'HOMME NU

"Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu je repartirai. YHWH a donné, YHWH a repris; que soit béni le nom de YHWH !" (Job 1,21)

Ce verset du livre de Iyov’ (Job), décrit le destin de l’homme qui ne fait que passer en ce bas monde. C’est "rien dans les mains, rien dans les poches", qu’il y entre, et c’est dans le même état de dénuement qu’il en sort. La nudité est donc envisagée, ici, sous l'angle matériel, et met l’accent sur le caractère éphémère de toute vie humaine.

Mais il existe une autre forme de nudité, qui est intérieure, spirituelle, et au sujet de laquelle la bible nous enseigne de grandes vérités qui vont pouvoir nous éclairer et nous aider à progresser sur le chemin de la vie.

LA NUDITE DE L’HOMME ET DE LA FEMME

 Feuille de figuier Au tout début du livre de la genèse, dans le récit de la création de l’univers par elohim, nous lisons:

"Et elohim créa l'adam' à son image, à l'image d'elohim il les créa, il les créa mâle et femelle." (Genèse 1,27)

Et puis, dans le prolongement de ce récit de la création, nous trouvons cette affirmation surprenante:

"L’adam' et sa femme étaient tous deux nus, et ils n’en avaient point honte." (Genèse 2,25)

Telle est donc la première spécificité de l’être humain, tel que notre dieu l’a créé: la nudité.

Ensuite, toujours au début du livre de la genèse, il nous est dit que la première chose que l’homme et sa femme firent après avoir péché contre leur dieu, fut de dissimuler cette nudité devenue soudain embarrassante.

"Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures." (Genèse 3,7)

Dans la présente étude, nous allons détricoter le tissu d’idées reçues de toutes ces traditions populaires qui ont fait du fruit défendu, une pomme, de Satan, un boa constrictor parlant, du premier commandement, un interdit, du premier vêtement jamais confectionné par l'être humain, une jupette en feuillages 100% vegan, et de l'habit de peau dont le créateur couvrit ensuite la nudité des deux contrevenants, un manteau en fourrure d’astrakan.

Bref, en prenant nos distances avec une lecture littérale, laquelle nous met sans cesse en porte-à-faux avec l'univers qui nous entoure et soulève toutes sortes de questions d’ordre intellectuel susceptibles d'alimenter les vaines polémiques, nous allons nous mettre en quête du sens profond de toutes ces métaphores, ce qui nous sera, à n'en pas douter, d'une grande utilité pour progresser quelque peu spirituellement.

La chute de l'homme: Ce qu'il faut savoir

YHWH-elohim prit donc l’adam' et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder. Il lui donna cet ordre: "Tu peux manger du fruit de tous les arbres du jardin, mais le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas, car du jour où tu en mangerais, tu mourrais certainement."
[…]

L’adam' et sa femme étaient nus, tous deux, sans en ressentir de honte.

 Adam' et Hawa devant la tentation Le serpent était rusé plus que tous les animaux des champs qu’avait faits YHWH-elohim. Il dit à la femme: "elohim vous a-t-il vraiment défendus de manger d’aucun arbre du jardin?" La femme lui répondit: "Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, elohim a dit: Vous n’en mangerez point, vous n’y toucherez point, de peur de mourir." – "Non, reprit le serpent, vous ne mourrez pas; mais elohim sait bien que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal."

La femme, voyant que le fruit de l’arbre était bon à manger, appétissant d’aspect, et précieux pour ouvrir l’intelligence, en prit, en goûta et en présenta aussi à l'homme avec elle, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent; ils virent qu’ils étaient nus, cousirent des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures. Ils entendirent le bruit de YHWH-elohim, qui passait dans le jardin à la brise du soir. L’adam' et sa femme se dissimulèrent aux regards de YHWH-elohim, parmi les bosquets du jardin.

Mais YHWH-elohim appela l’adam': "Où es-tu?" dit-il. Il répondit: "Je t’ai entendu passer dans le jardin; j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché." YHWH-elohim dit: "Qui t’a révélé que tu étais nu? Aurais-tu mangé du fruit de l’arbre que je t’avais dit de ne pas manger?" L’adam' répondit: "La femme que tu as mise auprès de moi m’a présenté de ce fruit, et j’en ai mangé." YHWH-elohim dit à la femme: "Pourquoi as-tu fait cela?" – "Le serpent m’a trompée, répondit-elle, et j’ai mangé de ce fruit."
[…]

YHWH-elohim fit à l'adam' et à sa femme des habits de peau, dont il les revêtit.

(Genèse 2,15-17 & 25 Genèse 3,1-13 & 21)

UNE CEINTURE AUTOUR DES REINS

Nous parlions, un peu plus tôt, d’imagerie naïve… Hélas, cette imagerie a contaminé notre compréhension du texte biblique, à tel point que certains traducteurs de la bible ont traduit le terme hébreu חֲגוֺר (prononcer: [h]agor’) par pagne ou tablier. Or cet objet vestimentaire n’est, en rien, un cache-sexe, mais une ceinture tel qu’on en portait jadis en Orient, en la nouant autour des reins, c’est-à-dire bien au-dessus de la taille. (Manifestement, les auteurs du texte biblique n’ont pas la même conception de l’habillement que ces saggers dont la ceinture sert à maintenir le pantalon à peu près en place juste en-dessous de la raie des fesses!)

 ceinture autour des reins Utilisé à de rares occasions dans la bible, ce même mot désigne également la ceinture du guerrier, celle à laquelle on accroche un poignard. Nous ne sommes donc pas au rayon des sous-vêtements coquins mais à celui des gilets pare-balles. Et, de fait, l’homme est confus et il a peur: il vient de découvrir qu’il était nu. Autrement dit, il a soudain conscience d’être vulnérable, et il cherche à se protéger du regard de YHWH. Car s’il a honte, ce n’est pas tellement de ses parties intimes dont il aurait subitement, comme par désenchantement, découvert l’existence, mais de la noirceur de son cœur. C’est sa faute à l’encontre de YHWH qu’il cherche à camoufler, non pas son sexe. Et pour y arriver, il se confectionne une ceinture avec de la fibre végétale dont il entoure ses reins.

Dans le langage biblique, les reins sont le siège du cœur, c’est-à-dire la partie de notre être qui sert à communiquer en toute intimité avec le créateur de l’univers. C’est la chambre nuptiale de notre corps. Et le péché de l’homme trouve son origine dans le cœur. C’est d’ailleurs ce que nous dit Yéchoua dans les évangiles:

"Car c’est du cœur que proviennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les débauches, les vols, les faux témoignages, les calomnies." ( Matthieu 15,19)

Yéchoua nous dit, par ailleurs, que c’est de tout son cœur que l’homme doit aimer son dieu:

"Tu aimeras YHWH ton dieu avec tout ton coeur, et avec toute ton âme, et avec toute ton intelligence." (Matthieu 22,37)

Dans la description de l’armure spirituelle qu’il conseille d’enfiler pour résister aux forces du mal à l’œuvre dans un monde entièrement régenté par le diable, l’apôtre Paulos nous parle, lui aussi, d’une ceinture qu’il nous faut enfiler autour des reins.

"Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. Pour cela, prenez l’armure d’elohim, afin d’être capables de résister, le jour du mal, en mettant tout en œuvre pour tenir debout. Tenez donc ferme:  ayez autour de vos reins la vérité pour ceinture." (Ephésiens 6,12-14)

Cet extrait de la lettre de Paulos aux Ephésiens est très utile pour progresser dans notre compréhension du texte de genèse. Car cette ceinture qu’il faut porter autour des reins est associée à la vérité, par opposition au prince du mensonge, cette créature orgueilleuse que la bible appelle également Satan'.

QUAND LE MENTEUR PREND LA VERITE EN OTAGE

Quiconque a lu attentivement, dans l'évangile selon Mattityahou (Matthieu 4,1-11), le récit des tentations de Yéchoua dans le désert et de sa confrontation avec le diable, y reconnaît, sans aucune difficulté, le serpent du récit de la chute dans Genèse. C’est le même être perfide et menteur. Le texte des évangiles ne nous dit pas quelle apparence avait le diable lorsqu’il tenta Yéchoua, mais son caractère est le même: dans chacun de ces textes, cette créature apparaît comme viscéralement perverse, rusée, sournoise, toxique. Et le schéma est identique dans les deux textes: Satan' sait parfaitement ce que YHWH a dit. C’est tellement vrai qu’il cite spontanément les écritures. Mais il en tord le sens, et cela dans le but d’instiller le doute dans l’esprit de son interlocuteur.

 Quand le serpent a la parole Tordre le sens d’une parole de YHWH, c’est faire mentir la vérité. Il n’y a rien de plus répugnant. Et, de fait, c’est en faisant croire à la femme que YHWH était un menteur, ce qui est un mensonge en soi, que le Satan’ a provoqué la chute de la femme et de l’homme. Oui, la première faute de l’homme et de la femme fut d’accorder du crédit à ce mensonge, d’y prendre part, jusqu’à l’ingérer par la bouche, jusqu’à le croquer à pleines dents, jusqu’à goûter du fruit d'un arbre si dangereux qu’il finit par tuer.

Mais auraient-ils pu croire à ce mensonge initial s’ils avaient réellement connu la parole de leur dieu? Auraient-ils pu être piégés s’ils avaient chéri, plus que tout, la prévenance de leur créateur? Que se serait-il passé s’ils n’avaient pas commencé à ergoter avec les mots, s’ils avaient percé l’intention profonde qui se cache derrière la mise en garde de YHWH? Car ce commandement de YHWH est un avertissement, l’expression d'une restriction sur une permission, et non pas un interdit pur et dur, comme Satan' continue de le faire croire aux croyants qu’il veut aveugler.

Dans le livre du prophète Hochéa (Osée), nous lisons:

"Mon peuple est détruit, parce qu’il lui manque la connaissance." (Osée 4,6)

Dans la bible, connaître, ce n’est pas d’abord acquérir des connaissances intellectuelles. C’est goûter, c’est chérir, c’est aimer tendrement. Le mot hébreu qu’utilise le prophète Hochéa pour parler de connaissance comporte la même racine que celui qui est utilisé dans le livre de la genèse pour décrire les rapports intimes entre l'adam’ et Hâwa, sa femme (Genèse 4,1).

La meilleure arme contre le mensonge est donc la connaissance de la vérité: pour ne pas nous laisser piéger par les ruses du tentateur, il faut donc impérativement que cette vérité nous habite, au plus profond de notre for intérieur. Il faut nécessairement ne pas vous en tenir aux seuls mots qu’il y a sur l’étiquette, à l’emballage extérieur, mais déchirer le papier pour voir ce qu’il cache et goûter le bonbon qu’il contient. Connaître et citer du tac au tac des versets bibliques de mémoire, c’est un bon début, mais cela ne suffit pas. Satan' fait cela mieux que vous. Il faut aimer la vérité que vous proclamez, autrement dit, il faut incarner ces paroles qui sortent de votre bouche. Il faut que cela provienne du cœur, des reins, et non pas seulement de votre cerveau. Un homme et une femme qui aiment leur créateur sont plus puissants que le plus intelligent des esprits quand ce dernier a une pierre à la place du cœur.

LA RELIGION DU FIGUIER

Revenons-en à Paulos qui nous dit, dans un langage imagé, que pour nous protéger des ruses du diable, nous camoufler avec du feuillage, comme le firent nos premiers ancêtres, cela ne sert à rien; coudre, de nos propres mains, des étoffes tissées d’autojustifications est totalement inutile. Cette ceinture végétale, c’est l’arbre qui cache la forêt: ce n’est jamais qu’un mensonge pour en couvrir un autre, voire plusieurs autres. Non, ce qu'il nous faut porter tout contre soi, comme une ceinture, c'est la vérité! Autrement dit, nous devons accorder nos violons avec la voix du grand chef d'orchestre de l'univers, lui qui nous a donné le 'La', la seule sonorité fondamentale qui puisse nous garder de jouer faux lorsque le cancre de service émet des dissonances intempestives.

Dans le récit de la genèse, l’homme et la femme venaient de manger du fruit au sujet duquel YHWH leur avait dit que s’ils en mangeaient, ils mourraient. Ils se rendirent soudain compte qu’ils étaient nus. La nudité, au sens spirituel, est un synonyme de pauvreté, de vulnérabilité, de dépendance envers la bienveillance d’autrui. C’est également un synonyme de transparence, parce qu’il n’y a rien pour se cacher.

Dans l’évangile selon Yo[h]anan', nous lisons cette déclaration de Yéchoua:

"Or voici le jugement, c’est que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient exposées. Mais celui qui pratique la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en elohim." (Jean 3,19-21)

 Parabole du figuier Lorsque, nous est-il dit dans le livre de la genèse, YHWH descendit dans le jardin après que l’homme et la femme aient fait le mal en se détournant de la parole de YHWH, il les trouva donc affublés de cette ceinture ridicule qu’ils avaient bricolée, vaille que vaille. Ils avaient honte et avaient caché leur cœur devenu ombrageux par un peu d'ombre, sous les feuilles d’un figuier.

Rien, dans la bible, n’est jamais laissé au hasard. Et lorsque Yéchoua fait mention d’un figuier, ce n’est pas une coïncidence. Vous souvenez-vous du dialogue entre Yéchoua et Natan’el? Il se trouve au début de l’évangile selon Yo[h]anan’:

"Yéchoua, voyant venir à lui Natan’el, dit de lui: ”Voici un véritable Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude.” Natan’el lui dit: ”D’où me connais-tu ?” Yéchoua lui répondit: ”Avant que Philippos ne t’appelât, lorsque tu étais sous le figuier, je te voyais.” (Jean 1,47-48)

Dans ce passage, il y a un lien direct entre le fait d’être un parfait Israélite qui ne triche pas avec la tora, les commandements, et celui de se dissimuler à l’ombre des feuilles du figuier. Dans un autre passage du Nouveau Testament (Matthieu 21,19), nous voyons Yéchoua avoir faim et maudire un figuier parce qu’il ne porte aucun fruit. En réalité, ce figuier est une image, non pas du peuple, mais de la religion israélite, la religion du salut par la pratique des commandements, autrement dit par les œuvres, ces œuvres qu’on accomplit pour être en règle avec le créateur, pour obtenir grâce à ses yeux.

Dans les évangiles, Yéchoua nous rappelle à quel point YHWH déteste cette pratique que nous pourrions appeler "la religion du figuier". C’est affirmé explicitement à deux reprises dans l’évangile selon Mattityahou (Matthieu 9,13 et Matthieu 12,7), lorsqu’il cite le prophète Hochéa, qui dit:

"Car j’aime la miséricorde et non les sacrifices, et la connaissance de YHWH plus que les holocaustes." (Osée 6,6)

L’évangile selon Loukas nous rapporte, quant à lui, la parabole du pharisien et du publicain (Luc 18, 9-14). L’un est dans l’autojustification devant son dieu, parce qu’il prétend être en règle avec son créateur par la pratique rigoureuse des commandements – on croirait entendre une publicité promotionnelle pour du linge de corps en feuilles de figuier 100% cachère – tandis que l’autre fait profil bas et se reconnaît pécheur, indigne, incapable de trouver grâce aux yeux de son dieu qu’il est conscient d’avoir offensé. Et en fin de compte, c’est ce dernier qui obtient d’être justifié. Comme il est dit dans le livre des psaumes:

"Le sacrifice agréable à YHWH, c’est un esprit contrit; un cœur brisé et abattu, ô YHWH, tu ne le dédaignes point." (Psaume 51,17)

Nous trouvons, dans l’évangile selon Loukas (Luc 15, 11-32), une parabole extraordinaire. Elle raconte l’histoire d’un fils parti gaspiller son héritage de manière insensée à l’autre bout du monde. Et c’est une fois dépouillé de tout son avoir, de son honneur, alors qu’il est nu et conscient de sa misère morale, qu’il fait demi-tour et rentre à la maison en demandant pardon à son père, sans chercher à se dissimuler derrière des excuses. C’est admirable! Au point de faire craquer le cœur du père de ce garçon venu se jeter à ses pieds, dans la contrition sincère et la repentance.

DISSIMULES DERRIERE LE VOILE

Nous le comprenons à présent, c’est exactement ce que l'adam' et sa femme Hawa auraient du faire, au lieu de se présenter à YHWH sous un jour plus rose qu’il ne l’est réellement, au lieu de recouvrir cette obscurité qui venait de s’engouffrer au tréfonds de leur être par des feuilles de figuier cousues les unes aux autres. Ils ont cherché à envelopper la noirceur de leur cœur perverti dans un morceau d’étoffe qu’ils ont confectionnée eux-mêmes, et c’est ce voile qui, désormais, sépare leur âme charnelle du saint des saints de leur coeur spirituel, dans lequel ils ne sont plus autorisés à pénétrer.

 Un voile recouvrant les yeux Le saint des saints, avez-vous dit? Oui, la partie la plus secrète du tabernacle de Mochè (Moïse), ce lieu de culte mobile qui servit de modèle au temple de Jérusalem. La bible nous révèle que le temple est construit à l’image de l’homme. Cela nous a été dit par Yéchoua lui-même qui fit le rapprochement entre la destruction du temple de Jérusalem et la mort de son corps:

"Détruisez ce temple, et en trois jour je le relèverai /../ Mais il parlait du temple de son corps" (Jean 2, 19-21)

Cela nous a ensuite été dit par l’apôtre Paulos:

"Ne savez-vous pas que vous êtes temple d’elohim?" (1 Corinthiens 3 16 & 1 Corinthiens 6 19)

Cette construction, dont les plans ont été dessinés par YHWH lui-même (Exode 36:8 à 39:43), est constituée de trois parties distinctes: le parvis extérieur, à l’air libre, visible de tous, comme l’est le corps de l’homme, le sanctuaire, à l’image de notre âme, et le saint des saints, la partie la plus intime de l’édifice, correspondant au cœur de l’homme. Pour approfondir ce parallèle qui est fait par la parole de YHWH entre l’homme et le temple, référez-vous à l’article: → Vous êtes le temple du saint esprit.

Partant donc du principe que la structure de l’homme est identique à celle du tabernacle, nous pouvons mieux comprendre les conséquences de la chute. Au commencement, l’homme est ce temple fonctionnel dans lequel il peut aller et venir à sa guise comme dans un jardin luxuriant. Il a accès à toutes les parties de ce temple, tant le Saint des saints que le Sanctuaire et le Parvis extérieur. Il est libre de manger et jouir du fruit de tous les arbres à sa disposition dans cette enceinte, que ce soit pour son corps, pour son âme ou son esprit. Et chaque jour, YHWH se manifeste à lui dans le Saint des saints, pour un cœur à cœur, un face à face.

Il est utile de préciser que le tabernacle dessiné par YHWH ne dispose pas de portes verrouillées. Chacune des parties qui le constituent comporte une ouverture vers l’extérieur. L’homme est donc entièrement libre d’aller et venir à sa guise. YHWH l’a mis en garde face au danger, mais l’homme reste souverain de sa destinée et peut donc transgresser les limites que YHWH a posées devant lui.

L’HERBE EST TOUJOURS PLUS VERTE AILLEURS

Ce récit de la chute peut nous faire penser à ces adolescents qui sont persuadés que leurs parents les empêchent de "croquer la vie à pleines dents". Aussi entreprennent-ils de faire le mur, de passer outre les limites posées par leurs parents, et de décider, par eux-mêmes, ce qui est bon pour eux. "Il faut que jeunesse se passe", dira un adage populaire, autrement dit, que le pré-adulte fasse toutes sortes d’expériences personnelles en dehors du cadre de la sagesse. Ces jeunes ne doivent-ils pas apprendre à "voler de leurs propres ailes", selon une autre expression du même acabit? Et comme tout cela est tentant! "Vous serez comme des dieux", dit le prince du mensonge à la femme, pour la persuader de s’aventurer dans l’inconnu.

 Main cueillant un fruit Malheureusement, une fois franchi le pas, "le mal est fait", et "on ne peut plus revenir en arrière". La transgression en valait-elle la peine? Apparemment non, parce que le sentiment de honte mêlé de peur qui habite désormais l’homme et sa femme est tel qu’ils en éprouvent le besoin impérieux de se camoufler la conscience, de se mentir à eux-mêmes et de mentir au créateur qui vient à leur rencontre. Dans le texte, cette dissimulation se traduit de trois façons différentes: en se couvrant les reins d’une ceinture végétale, en se cachant dans les taillis, et en pointant ignominieusement son voisin du doigt: on impute ainsi la faute à autrui, sans assumer sa propre responsabilité dans cet échec.

La mise en garde de YHWH avait été on ne peut plus claire, on ne peut plus formelle: la ligne rouge était un point de non-retour et la franchir aurait inéluctablement des conséquences désastreuses. Le corps de l'homme et de la femme n'étant pas mort sur le champ, nous pouvons en déduire que YHWH avait parlé de mort spirituelle. Pour confirmer cette hypothèse, il suffit de nous référer au texte biblique lui-même, où, dans la suite du récit, YHWH décide de chasser l'homme et sa femme du jardin d'Eden, de peur qu'ils ne mangent aussi du fruit de l'arbre de la vie et ne deviennent éternels.

L'indice le plus flagrant, le plus immédiat de la mort spirituelle de l'homme tient dans son attitude vis-à-vis de son créateur et à l'encontre de sa femme. Son cœur s'est refermé, est devenu dur comme la pierre, et sa vision de la vérité s'est éteinte. Devenu incapable de comprendre que "l'amour couvre toutes les fautes" (Proverbes 10,12 & 1 Pierre 4,8), il a eu peur de YHWH, son père. Or, comme il est dit dans la première lettre de Yo[h]anan', "l'amour parfait bannit la peur" (1 Jean 4,18). Et puis, quel mépris pour sa femme, dont il a exposé la nudité honteuse pour se blanchir lui-même, au lieu de la couvrir, elle, la chair de sa chair!

Ah, si seulement l'adam' avait pu faire comme le personnage de la parabole du fils prodigue que nous avons évoquée tout à l'heure! Dans son inépuisable miséricorde, YHWH aurait pu remettre aussitôt tous les compteurs à zéro et s'exclamer, comme le père de la parabole: "Mangeons et réjouissons-nous; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; car il était perdu, et il est retrouvé" (Luc 15,23-24). Mais l’homme s’est enfermé dans un orgueil sourd au pardon que son père-créateur était pourtant tout disposé à lui accorder…

DES HABITS DE PEAU

La suite du récit nous rapporte que YHWH-elohim fit à l'adam' et à sa femme des habits de peau, dont il les revêtit. Là encore, l’imagerie populaire a pollué notre compréhension du texte biblique. Faire remonter l'adam’ et sa femme, Hawa, à l’ère préhistorique, en les représentant comme à peine mieux fagotés que ne le sont les Pierrafeu, ne semble déranger personne. Il y a une heure, ils se promenaient tout nus et tout bronzés dans un paysage aussi luxuriant que celui d’une île tropicale du Pacifique, et subitement, c’est l’âge de la pierre, en peau de mammouth, à proximité des grottes de Lascaux!

Tout comme certains font des spéculations au sujet de la nature du fruit de l’arbre défendu (Etait-ce réellement une pomme? N’était-ce pas plutôt une figue? Et pourquoi pas une grenade?), d'autres s’interrogent sur la nature de l’animal que le créateur avait dû occire pour en prélever la peau et en revêtir l’homme et sa femme. Mais, n’en déplaise à certains traducteurs fantaisistes qui vont jusqu’à parler de ‘fourrure’, le texte hébreu ne fait aucunement mention de peau animale! L’hébreu permet d’ailleurs d’associer ce mot עור [or], qui signifie ‘peau’, au terme אור [or], qui signifie ‘lumière’. Cela se prononce de la même manière.

 Rouleau de la tora Au passage, rappelons que, comme ce fut le cas, tout à l’heure, quand nous parlions du port de la ceinture autour des reins, le contexte culturel dans lequel fut rédigé le livre de la genèse est très éloigné du nôtre, en Occident, en ce début de 21e siècle. La mise par écrit du livre de la genèse remonterait approximativement à 1500 ans avant notre ère; sous sa forme manuscrite, ce texte est donc vieux de plus de 3500 ans! Et à une époque où les textes écrits étaient rares et chers, leur contenu se transmettait principalement par voie orale. Un jeu de mots s’appuyant sur les sonorités ne peut donc pas être le fruit du hasard.

Par conséquent, pour extraire le sens spirituel de ce passage en particulier, il est sans doute utile de tenir compte de cette double signification: habits de peau et habits de lumière, comme deux facettes d’une seule et même réalité. Si notre lecture de ce récit en reste à la surface, nous ne pouvons pas comprendre en quoi un habit de peau vaut mieux qu’un linge en fibre végétale. Le texte ne parle pas de météo, de changement climatique, ni de la nécessité de se protéger soudain du froid. Une interprétation parmi d’autres, celle qui associe cette peau à celle d’un animal, conduit à la question de l’expiation des fautes par l’institution des sacrifices sanglants, mais c’est partir aussitôt dans la direction des pratiques religieuses. C’est donc esquisser aussitôt le plan du salut et annoncer la venue de Yéchoua, l’agneau d’elohim, le sacrifice parfait, définitif, par lequel l’homme est délivré totalement des conséquences du péché de l’homme, y compris de la mort. Mais cela me semble prématuré pour une raison majeure: à ce stade-ci, L'HOMME NE S'EST PAS ENCORE REPENTI DE SA FAUTE ! Il est donc toujours empêtré dans le mensonge!

Si donc YHWH-elohim a pitié de sa créature, c’est en père pédagogue qu’il va réagir pour aider l’homme à évoluer, et le conduire progressivement vers la vérité. Cet habit à double face dont il le revêt va donc devoir lui être utile pour marcher, pas à pas, dans cette direction. Or existe-t-il, sur cette terre, un objet fait de peau qui puisse être davantage porteur de lumière que les rouleaux de la tora? Et la tora écrite, ce n’est pas d’abord une liste de commandements qu’il va falloir appliquer à la lettre pour être en règle avec YHWH, cela, nous l’avons vu précédemment, c’est la religion du figuier. Non, la tora, c’est simplement YHWH qui va me dire ce qui est bien et ce qui est mal. Ne l’oublions pas, le premier péché de l'homme et de sa femme, fut de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Il est désormais dans les méandres de cet arbres dont les branchages s’entremêlent dans tous les sens, et il n’y voit plus clair. De lumineuse, sa vision s’est éteinte, et il est maintenant atteint de cécité spirituelle. Et puisqu’il est aveugle, c’est YHWH qui, par compassion, va lui souffler les bonnes réponses à l’oreille pour le guider, à travers ces ténèbres épaisses dans lesquelles il est enfermé, vers la sortie, vers la lumière.

 tsitsit Un moyen efficace pour vérifier la pertinence d’une interprétation des textes bibliques est de voir si cette lecture trouve des correspondances ailleurs dans l’écriture.
Existe-t-il donc, dans un autre passage de la bible, la moindre trace d’un habit qui pourrait être associé, de près ou de loin, à la tora? Et la réponse est: oui, et sans aucune espèce d’ambiguïté. Dans le livre du deutéronome, nous lisons:

"Ne t’habille pas d’une étoffe mixte, mélangée de laine et de lin. Tu te feras des cordons en franges aux quatre coins du vêtement dont tu te couvres. " (Deutéronome 22,1-12)

Dans cet extrait du Pentateuque, nous lisons que YHWH ne veut pas que l’on mélange laine et lin, autrement dit, que l’on mélange une étoffe dont la fibre provient d’un animal (la laine) avec du textile dont les fils sont d’origine végétale (le lin). Nous retrouvons donc cette opposition déjà présente dans le livre de la genèse, entre la ceinture cousue à partir des feuilles de figuier et l’habit de peau, dont la laine est une extension. Quant aux vêtements à quatre coins prolongés par des franges, tout Juif sait qu’il s’agit de cet habit de laine qu’on appelle talit’, dont le port est obligatoire. Aux quatre coins du talit’ sont attachées les tsitsot’ (pluriel de tsitsit’), des franges composées de 8 fils enroulés qui forment des nœuds dont le total correspond au nombre de commandements contenus dans la tora. C.Q.F.D.

L’HOMME AU TALITH

S’il est un homme dont le talith put produire des miracles, c’est Yéchoua Hamachia[h]. Vous souvenez-vous du témoignage de cette femme atteinte de pertes de sang depuis de nombreuses années et qui, sachant que Yéchoua était de passage dans sa région, se dit en elle-même: "Ah! Si seulement je pouvais toucher le tsitsit’ de son talith, je serais guérie"? Et curieusement, après s’être faufilée au milieu de la foule, elle parvint à toucher le tsitsit’ du talith de Yéchoua. Alors une force sortit du corps de ce dernier et elle fut guérie sur le champ (Marc 5,21-43). Chez Yéchoua, il y a une telle adéquation entre la pratique des commandements et sa personne, que son habit est comme une deuxième peau. Toucher les tsitsot’ de son talith équivaut donc à toucher son corps. Autrement dit, il est la parfaite incarnation des mitzvot’, les commandements de la tora. Il est le logos (un terme qui signifie tout à la fois la parole, le verbe, le message et son application) nous dit l'évangile selon Yo[h]anan'.

"À l’origine était le logos et le logos était avec elohim, et le logos était elohim ; à l’origine,il était auprès d’elohim. Par lui, toutes choses sont advenues et sans lui, pas une seule des choses qui sont advenues ne serait advenue. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière brille dans l’obscurité et l’obscurité ne l’a pas capturée." (Jean 1,1-5).

Dans ce même évangile, Yéchoua affirme être la vérité:

"Je suis la voie et la vérité et la vie. Personne ne vient au père, sinon par moi." (Jean 14,6)

C'est cette même vérité que l'apôtre Paulos nous exhorte à porter autour des reins, vous vous en souvenez?

 Yéchoua est donc, en personne, le vêtement de peau que YHWH a donné à l’homme. C'est donc lui qu'il nous faut revêtir désormais.

"Ne vous occupez pas de la chair et de ses convoitises, mais revêtez le maître souverain, Yéchoua Hamachia[h]."(Romains 13,14)

"Vous tous qui avez été immergés dans le machia[h], vous avez revêtu le machia[h]." (Galates 3,27)

Concrètement, revêtir Yéchoua, c’est avoir une attitude conforme à ses préceptes, c’est adopter un comportement en accord avec l’exemple qu’il a donné. C’est donc toujours le même habit de peau que celui qui avait été donné au premier adam’ et à sa femme. Un seul et même habit, mais que l'on a porté différemment à travers les âges, selon la compréhension que l'on a pu avoir de l'utilité de ce vêtement et de sa signification. Je vous propose de le porter haut et court, comme la ceinture de la vérité dont nous a parlé l'apôtre Paulos, tout contre votre cœur.


Phil EDENGARDEN © décembre 2022

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