RETOUR

Écrits de Frère Laurent

Nicolas Hermann, plus connu sous le nom de "Frère Laurent", vécut au 17ème siècle à Paris, comme religieux au sein d'un ordre contemplatif. Portier de son couvent, il progressa spirituellement en exécutant d'humbles besognes et en s’exerçant à rester constamment conscient de la présence de D.ieu à ses côtés. Ne sommes-nous pas, chacun(e), le temple du Saint-Esprit, en qui D.ieu souhaite demeurer?

Le témoignage de cet homme simple invite à une chose essentielle: tout faire par amour de D.ieu, par la force qu'il nous donne et avec une conscience éveillée de Sa présence en nous.

Voici une collection de lettres et de maximes spirituelles qui furent retranscrites par un contemporain de cet homme discret à qui plusieurs personnes étaient venues demander conseil. On y trouve des indications pleines de bon sens, qui conduisent assurément à la paix du cœur pour qui décide de les pratiquer chaque jour.

J’espère de les puristes m’excuseront d’avoir pris la liberté d'en rafraîchir quelque peu le vocabulaire et de réduire les formules langagières ampoulées de l'époque pour rendre le contenu plus accessible à nos contemporains.


Maximes spirituelles

1. L'exercice de la présence de D.ieu

La pratique la plus sainte, la plus commune et la plus nécessaire en la vie spirituelle est la présence de D.ieu : c'est de se plaire et s'accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement et s'entretenant amoureusement avec lui en tout temps, à tous moments, sans règles ni mesure, surtout dans le temps des tentations, des peines, des aridités, des dégoûts et même des infidélités et des péchés.

La présence de D.ieu est la vie et la nourriture de l'âme, qui peut s’acquérir avec la grâce de D.ieu. En voici les moyens :
Il faut une grande fidélité à la pratique de cette présence et au regard intérieur de D.ieu en soi, qui doit toujours se faire doucement, humblement et amoureusement, sans se laisser aller à aucun trouble ou inquiétude.

Il faut prendre un soin particulier que ce regard intérieur, quoique d'un moment, précède vos actions extérieures, que de temps en temps il les accompagne, et que vous les finissiez toutes par là. Comme il faut du temps et beaucoup de travail pour acquérir cette pratique, aussi ne faut-il pas se décourager lorsqu'on y manque, puisque l'habitude ne se forme qu'avec peine ; mais lorsqu'elle sera formée, tout se fera avec plaisir.

N'est-il pas juste que le cœur…soit le premier et le dernier pour aimer et adorer D.ieu, soit en commençant ou finissant nos actions spirituelles et corporelles, et généralement en tous les exercices de la vie ?

Il ne sera pas hors de propos, pour ceux qui commencent cette pratique, de former intérieurement quelque peu de paroles, comme : « D.ieu d'amour, je vous aime de tout mon cœur » ; « Mon D.ieu, me voici tout à vous : Seigneur, faites-moi selon votre cœur » ou quelques autres paroles que l'amour produit sur-le-champ.

Cette présence de D.ieu, un peu pénible dans les commencements, pratiquée avec fidélité, opère secrètement en l'âme des effets merveilleux et y attire, en abondance, les grâces du Seigneur.
Je sais que pour cela, il faut que le cœur soit vide de toutes autres choses, D.ieu voulant le posséder seul.

Il faut faire de notre cœur un temple spirituel pour D.ieu où nous l'adorons sans cesse. Il faut veiller sans relâche sur nous-mêmes pour ne rien faire ni rien dire et ne rien penser qui puisse lui déplaire.

Retour au menu

2. Un continuel entretien avec D.ieu

D.ieu ne nous demande pas grand chose: un petit souvenir de temps en temps, une petite adoration, tantôt lui demander sa grâce, quelquefois lui offrir nos peines, d'autres fois le remercier des grâces qu'il nous a faites et qu'il nous fait au milieu de nos travaux, nous consoler avec lui, le plus souvent que nous pourrons. Pendant nos repas et nos entretiens, élevons quelquefois notre cœur vers lui : le moindre souvenir lui sera toujours fort agréable.
Il ne faut pas, pour cela, crier bien haut : il est plus près de nous que nous ne le pensons. Il n'est pas nécessaire d'être toujours à l'église pour être avec D.ieu ; nous pouvons faire de notre cœur un oratoire dans lequel nous nous retirons de temps en temps pour nous y entretenir avec lui, doucement, humblement et amoureusement.

Tout le monde est capable de ces entretiens familiers avec D.ieu, les uns plus, les autres moins : il sait ce que nous pouvons. Commençons ; peut-être n'attend-il de nous qu'une généreuse résolution…
Accoutumez-vous donc peu à peu à l'adorer de la sorte, à lui demander sa grâce, à lui offrir votre cœur de temps en temps pendant la journée, parmi vos ouvrages, à tout moment si vous le pouvez ; ne vous contraignez pas par des règles ou des dévotions particulières, faites-le en foi, avec amour et humilité.

Retour au menu

3. Au milieu de notre travail

Puisque vous n'ignorez pas que D.ieu est présent devant vous pendant vos actions, qu'il est au fond et au centre de votre âme, pourquoi donc ne pas cesser, au moins de temps en temps, vos occupations extérieures, et même vos prières vocales, pour l'adorer intérieurement, le louer, lui demander, lui offrir votre cœur, et le remercier?

Que peut-il y avoir de plus agréable à D.ieu que de quitter ainsi, mille et mille fois par jour, toutes les créatures, pour se retirer et l'adorer en son for intérieur …pour jouir un seul instant du Créateur ? Outre que c'est détruire l'amour-propre, qui ne peut subsister que parmi les créatures, dont ces retours intérieurs à D.ieu vous débarrassent insensiblement !
Il faut s'appliquer continuellement à ce que toutes vos actions, sans distinctions, soient une sorte de petits entretiens avec D.ieu, dénués de tout artifice, émanant de la pureté et la simplicité du cœur.

Tout consiste à renoncer une bonne fois à tout ce que vous reconnaissez ne point tendre à D.ieu, pour vous accoutumer à une conversation continuelle avec lui, sans mystère ni finesse.
Il n'y a qu'à reconnaître D.ieu intimement présent en vous, à vous adresser à lui à tout moment, pour lui demander son secours, pour connaître sa volonté dans les choses douteuses et pour bien faire celles que nous voyons clairement qu'il demande de nous, les lui offrant avant que de les faire et lui rendant grâces de les avoir faites pour lui après l'action. Dans cette conversation continuelle, on est aussi occupé à louer, adorer et aimer incessamment D.ieu pour ses infinies bontés et perfections.

Retour au menu

4. L'abandon

Je choisis de n'avoir pas d'autre volonté que celle de D.ieu, que je tâche d'accomplir en toutes choses et à laquelle je suis si soumis que je ne voudrais pas lever une paille de terre contre son ordre ni par un autre motif que son pur amour.

Je ne m'occupe plus qu'à me tenir toujours en sa sainte présence, en laquelle je me tiens par une simple attention et un regard général et amoureux en D.ieu, que je pourrais nommer présence de D.ieu actuelle, ou pour mieux le dire, un entretien muet et secret de l'âme avec D.ieu qui ne passe quasi plus.
La confiance que nous avons en D.ieu l'honore beaucoup et nous attire de grandes grâces.

Il faut se donner entièrement et en pur abandon à D.ieu, pour le temporel et pour le spirituel, et trouver son contentement dans l'exécution de sa volonté, soit qu'Il nous conduise par les souffrances ou par les consolations ; tout doit être égal à celui qui est vraiment abandonné !
Il faut de la fidélité dans les aridités par où D.ieu éprouve notre amour pour lui. C'est là où nous faisons les bons actes de résignation et d'abandon, dont un seul fait souvent faire beaucoup de chemin.

Retour au menu

5. Persévérance

Lorsque l'esprit a contracté quelques méchantes habitudes d'égarement et de dissipation, elles sont difficiles à vaincre et, ordinairement, elles nous entraînent, malgré nous, aux choses de la terre. Je crois qu'un remède à cela est d'avouer nos fautes et de nous humilier devant D.ieu.
A force de réitérer ces actes, ils nous deviennent plus familiers, et la présence de D.ieu devient comme naturelle.
Il faut, dans le commencement, un peu d'application pour se former l'habitude de converser continuellement avec D.ieu et lui rapporter tout ce que l'on fait ; mais après un peu de soin, on se sent réveillé par son amour sans aucune peine.

Il ne faut point se lasser de faire de petites choses pour l'amour de D.ieu, qui regarde non la grandeur de l'œuvre mais l'amour. Il ne faut pas s'étonner d'y manquer souvent dans le commencement : à la fin l'habitude vient, qui nous fait produire nos actes sans y penser et avec un plaisir admirable.

Retour au menu

6. Confiance en la miséricorde divine

Je me regarde comme le plus misérable de tous les hommes, et qui a commis toutes sortes de crimes contre son Roi. Touché d'un sensible regret, je lui déclare toutes mes malices ; je lui en demande pardon, je m'abandonne entre ses mains pour faire de moi ce qu'il lui plaira. Ce Roi plein de bonté et de miséricorde, bien loin de me châtier, m'embrasse amoureusement, me fait manger à sa table, me sert de ses propres mains, me donne les clefs de ses trésors et me traite en tout comme son favori ; il s'entretient et se plaît sans cesse avec moi en mille et mille manières, sans parler de mon pardon ni m'ôter mes premières habitudes. Quoique je le prie de me faire selon son cœur, je me vois toujours plus faible et plus misérable, cependant plus caressé de D.ieu.
Quand nous ferions toutes les pénitences possibles, si elles sont séparées de l'amour, elles ne servent pas à effacer un seul péché ! Il faut, sans s'inquiéter, en attendre la rémission du sang de Jésus-Christ, en travaillant seulement à l'aimer de tout son cœur.

D.ieu semble choisir ceux qui ont été les plus grands pécheurs pour leur faire ses plus grandes grâces plutôt qu'à ceux qui sont demeurés dans l'innocence, parce que cela montre davantage sa bonté.
Je suis rempli de honte et de confusion quand je réfléchis, d'un côté, sur les grandes grâces que D.ieu m'a faites et qu'il continue sans cesse de me faire et, de l'autre, sur le mauvais usage que j'en ai fait, et sur mon peu de profit dans le chemin de la perfection. Puisque, par sa miséricorde, il nous donne encore un peu de temps, commençons tout de bon. Réparons le temps perdu. Retournons avec une entière confiance à ce Père de bonté, qui est toujours prêt à nous recevoir amoureusement. Renonçons généreusement, pour son amour, à tout ce qui n'est point lui ; il en mérite infiniment davantage.
Pensons à lui sans cesse. Mettons en lui toute notre confiance ; je ne doute pas que nous en expérimentions bientôt les effets et que nous ne ressentions l'abondance de ses grâces, avec lesquelles nous pouvons tout et sans lesquelles nous ne pouvons que le péché. Nous ne pouvons éviter les dangers et les écueils dont la vie est pleine, sans un secours actuel et continuel de D.ieu ; demandons-le-lui continuellement.

Retour au menu

7. La présence de D.ieu

La présence de D.ieu, c'est à mon sentiment en quoi consiste toute la vie spirituelle et il me semble qu'en la pratiquant comme il faut, on devient spirituel en peu de temps ... Il n'y a pas, au monde, de manière plus douce ni délicieuse que la conversation continuelle avec D.ieu ; ceux-là seuls la peuvent comprendre qui la pratiquent et qui la goûtent.
Cette conversation avec D.ieu se fait au fond et au centre de l'âme. C'est là que l'âme parle à D.ieu cœur à cœur, et toujours dans une grande et profonde paix dont l'âme jouit en D.ieu : tout ce qui se passe au-dehors n'est à l'âme que comme un feu de paille qui s'éteint à mesure qu'il s'allume, et il n'arrive quasi jamais ou fort peu à troubler sa paix intérieure.

L'âme accoutumée à la pratique de la foi, par un simple souvenir voit et sent D.ieu présent, elle l'invoque facilement, efficacement, et obtient ce dont elle a besoin.
Étant toujours avec D.ieu qui est un feu consumant, il réduit en poudre ce qui peut lui être opposé. Et cette âme ainsi embrasée ne peut plus vivre qu'en la présence de son D.ieu, présence qui produit dans son cœur une sainte ardeur, un empressement sacré et un désir violent de voir ce D.ieu aimé, connu, servi et adoré de toutes les créatures.

Retour au menu

8. Foi et don de D.ieu

D.ieu a des trésors infinis à nous donner ; et une petite dévotion sensible, qui passe en un moment, nous satisfait ... Que nous sommes aveugles, puisque, par là, nous lions les mains à D.ieu et nous arrêtons l'abondance de ses grâces.
Mais lorsqu'il trouve une âme pénétrée d'une foi vive, il lui verse des grâces en abondance. C'est un torrent arrêté, par force, contre son cours ordinaire qui, ayant trouvé une issue, se répand avec impétuosité et avec abondance. Oui, nous l'arrêtons souvent, ce torrent, par le peu d'estime que nous en faisons…Rentrons en nous-mêmes, rompons cette digue, faisons jour à la grâce.
Il faut nourrir son âme d'une haute idée de D.ieu et, de là, nous tirerons une grande joie d'être à lui.
Que nous serions heureux si nous pouvions trouver le trésor dont parle l'évangile ; tout le reste ne nous paraîtrait rien. Comme il est infini, plus on y fouille, plus on y trouve de richesses. Occupons-nous sans cesse à le chercher, ne nous lassons pas jusqu'à ce que nous l'ayons trouvé…
Que pourrais-je craindre quand je suis avec D.ieu ?

Tous les beaux discours que j'entends faire de D.ieu, ce que je peux en lire moi-même ou ce que je peux en sentir ne saurait me contenter car, étant infini dans ses perfections, il est par conséquent ineffable et il n'y a point de termes assez énergiques pour me donner une idée parfaite de sa grandeur. C'est la foi qui me le découvre et qui me le fait connaître tel qu'il est.
Lui seul est capable de se faire connaître tel qu'il est. Nous cherchons, dans le raisonnement et dans les sciences, comme dans une mauvaise copie, ce que nous négligeons de voir dans un excellent original. D.ieu lui-même se peint au fond de notre âme, et nous ne voulons pas l'y voir…

Retour au menu

9. Prière silencieuse

Au commencement de mes occupations, je dis à D.ieu avec une confiance filiale : « Mon D.ieu, puisque vous êtes avec moi, et que par votre ordre je dois appliquer mon esprit à ces choses extérieures, je vous prie de me faire la grâce de demeurer avec vous et de me tenir compagnie, mais afin que cela soit mieux, mon Seigneur, travaillez avec moi, recevez mes œuvres et possédez toutes mes affections.

A la fin de l'action, j'examine de quelle manière je l'ai faite, et si j'y ai trouvé du bien, j'en remercie D.ieu ; si j'y remarque des fautes, je lui en demande pardon et, sans me décourager, je rectifie mon esprit et recommence à demeurer avec D.ieu comme si je ne m'en fusse point écarté.
Ainsi, me relevant après mes chutes, et par la multiplicité des actes de foi et d'amour, je suis venu à un état où il me serait aussi peu possible de ne point penser à D.ieu qu'il m'a été difficile de m'y accoutumer au commencement.

Ma manière de prier la plus habituelle est cette simple attention et ce regard général et amoureux en D.ieu… Pour ce qui est de mes heures d'oraison, elles ne sont plus qu'une continuation de ce même exercice. Quelquefois je m'y considère comme une pierre devant un sculpteur de laquelle il veut faire une statue ; me présentant ainsi devant D.ieu, je le prie de former, en mon âme, sa parfaite image et de me rendre entièrement semblable à lui.

Je me tiens retiré avec lui au fond et centre de mon âme autant que je peux…
Il est nécessaire de mettre toute sa confiance en D.ieu, de se défaire de tous les autres soins, même de quantités de dévotions particulières, quoique très bonnes, mais dont on se charge souvent mal à propos, puisqu'enfin, ces dévotions ne sont que des moyens pour arriver à la fin.

Ainsi, lorsque, par cet exercice de la présence de D.ieu, nous sommes avec celui qui est notre fin, il nous est inutile de retourner aux moyens, mais nous pouvons continuer avec lui notre commerce d'amour, demeurant en sa sainte présence, tantôt par un acte d'adoration, de louange, de désir, tantôt par un acte d'offrande, d'action de grâces, et en toutes les manières que notre esprit pourra inventer.

Retour au menu

10. Dans l'épreuve

Je voudrais que vous puissiez vous persuader que D.ieu est souvent plus près de nous dans le temps des maladies et des infirmités que lorsque nous jouissons d'une parfaite santé. Mettez toute votre confiance en lui.
Si nous étions bien habitués dans l'exercice de la présence de D.ieu, toutes les maladies du corps nous en seraient légères.
D.ieu permet souvent que nous souffrions un peu pour purifier notre âme et nous obliger de demeurer avec lui.

Prenez courage, offrez-lui sans cesse vos peines, demandez-lui des forces pour les souffrir, surtout accoutumez-vous à vous entretenir souvent avec lui et ne l'oubliez que le moins que vous le pourrez. Adorez-le dans vos infirmités, offrez-les-lui de temps en temps et, dans le plus fort de vos douleurs, demandez-lui, humblement et amoureusement, comme un enfant à son bon père, la conformité à sa sainte volonté et le secours de sa grâce.
Nous devons recourir à D.ieu avec une entière confiance dans l'occasion du combat, demeurer fermes en la présence de sa divine Majesté, l'adorer humblement, lui représenter nos misères et nos faiblesses, lui demander amoureusement les secours de sa grâce. Et par là, nous trouverons en lui toutes les vertus sans n'en avoir aucune.
Ah ! si nous savions la nécessité que nous avons des grâces et des secours de D.ieu, nous ne le perdrions jamais de vue, pas même pour un moment.

Retour au menu

11. Une vie épanouie

Ce qui me console, en cette vie, est que je vois D.ieu par la foi. Et je le vois d'une manière qui pourrait me faire dire quelquefois : « Je ne crois plus, mais je vois, j'expérimente ce que la foi nous enseigne. » Et sur cette assurance et cette pratique de la foi, je vivrai et mourrai avec lui.

Qu'il est bon de se trouver toujours près de D.ieu, à le louer et à le bénir de toutes ses forces, à passer sa vie dans une continuelle joie.
Par la présence de D.ieu et par ce regard intérieur, l'âme se familiarise avec D.ieu de telle manière qu'elle passe presque toute sa vie en actes continuels d'amour, d'adoration, de contrition, de confiance, d'action de grâces, d'offrande, de demande et des vertus les plus excellentes.

Retour au menu

12. Adorer D.ieu en esprit et vérité

Adorer D.ieu en esprit et vérité, cela veut dire adorer D.ieu comme nous devons l’adorer, c'est à dire par une humble et véritable adoration d'esprit dans le fond et au centre de notre âme.
Il n'y a que D.ieu qui puisse voir cette adoration que nous pouvons réitérer si souvent, qu'à la fin, elle nous deviendra comme naturelle et comme si D.ieu était un avec notre âme et que notre âme fût une avec D.ieu : la pratique le fait voir.

Adorer D.ieu en vérité, c'est le reconnaître pour ce qu'il est, et nous reconnaître pour ce que nous sommes.
Adorer D.ieu en vérité, c'est reconnaître véritablement, actuellement et en esprit, que D.ieu est ce qu'il est, c'est à dire infiniment parfait, infiniment adorable, infiniment éloigné du mal, et ainsi de tous les attributs divins. Qui sera l'homme, pour peu de raison qu'il ait, qui n'emploiera pas toutes ses forces à rendre tous ses respects et ses adorations à ce grand D.ieu ?

Adorer D.ieu en vérité, c'est encore avouer que nous lui sommes entièrement contraires et qu'il veut bien nous rendre semblables à lui, si nous le voulons.

Il faut que tout le monde avoue que D.ieu est incompréhensible et que, pour s'unir à lui, il faut priver la volonté de toutes sortes de goûts et de plaisirs spirituels et corporels, afin que, étant ainsi dégagée de la chair, elle puisse aimer D.ieu sur toutes choses.
Car si la volonté peut, en quelque façon, comprendre D.ieu, ce ne peut être que par l'amour.

Si vous voulez faire un grand progrès dans la vie de l'esprit, ne prenez point garde aux belles paroles ni aux subtils discours des savants de la terre. C'est le Créateur qui enseigne la vérité, qui instruit, en un moment, le cœur des humbles et qui lui fait comprendre plus de choses sur les mystères de notre foi, et sur la divinité même, que s'il les avait méditées pendant une longue suite d'années.

Retour au menu

Lettres

1. Vivre en présence de D.ieu

La présence de D.ieu est un sujet qui, dans mon opinion, renferme toute la vie spirituelle, et il me semble que quiconque pratiquera assidûment cette présence de D.ieu deviendra bientôt spirituel.
Je sais que, pour bien la pratiquer, le cœur doit être vide de toute autre chose, parce que D.ieu veut posséder notre cœur seul. De même qu'il ne peut le posséder seul que si nous le vidons de tout ce qui n'est pas lui, de même ne peut-il agir et faire ce qu'il veut que si la place est laissée vacante pour lui.

Il n'y a pas, au monde, de vie plus douce et plus délicieuse qu'une vie de conversation continuelle avec D.ieu : ceux-là seuls la comprennent, qui la pratiquent et en font l'expérience. Néanmoins, je ne vous conseille pas de la choisir pour ce motif. Ce n'est pas le plaisir que nous devons chercher, dans cet exercice; nous devons le faire par un principe d'amour et parce que D.ieu désire nous avoir.
Si j'étais prédicateur, je prêcherais, par-dessus tout, la pratique de la présence de D.ieu; et si j'étais directeur, je la conseillerais à tout le monde, tant je la crois nécessaire et, en même temps, facile.

Ah ! Si nous savions combien nous avons besoin de la grâce et de l'assistance de D.ieu, nous ne le perdrions jamais de vue, pas même pour un instant.
Croyez-moi, prenez immédiatement une sainte et ferme résolution de ne jamais oublier D.ieu volontairement et de passer le reste de vos jours dans sa sainte présence, dépouillé, pour l'amour de lui, s'il le juge bon, de toute consolation. Mettez-vous à l'œuvre de tout votre cœur et, si vous le faites comme vous le devez, soyez assuré que vous en recevrez bientôt les effets.

Retour au menu

2. Apprendre à vaincre la chair

Je ne puis me représenter comment des personnes religieuses peuvent vivre satisfaites sans la pratique de la présence de D.ieu.
Pour ma part, je vis retiré avec lui, dans le fond et le centre de mon âme, autant que je le peux; et tandis que je suis ainsi avec lui, je ne crains rien ; mais le moindre écart loin de lui m'est insupportable.

Cet exercice ne fatigue pas beaucoup le corps. Il est cependant bon de le priver quelquefois, même souvent, de tant de petits plaisirs, innocents, et légitimes en eux-mêmes, car D.ieu ne permettra pas qu'une âme qui veut lui être entièrement consacrée trouve d'autres plaisirs qu'en lui; cela est plus que raisonnable.
Je ne veux pas dire, pour cela, que nous devions nous imposer une violente contrainte. Non, nous devons servir D.ieu dans une sainte liberté, nous devons faire notre travail fidèlement, sans trouble ni inquiétude, ramenant doucement et tranquillement notre âme à D.ieu dès que nous la surprenons errant loin de lui.

Il est cependant nécessaire de mettre notre entière confiance en D.ieu et de nous défaire de tous soucis.
Ne soyez pas découragé par la répugnance que vous pouvez rencontrer dans la chair; vous devez vous faire violence à vous-même. Au premier abord on pense souvent que c'est du temps perdu; mais vous devez continuer et être bien résolu à persévérer dans ces choses jusqu'à la mort, malgré toutes les difficultés qui peuvent surgir.

Retour au menu

3. Adorer D.ieu toujours et partout

Puissiez-vous passer le reste de votre vie dans l'adoration de D.ieu.
Il ne demande pas de grandes choses de nous, simplement que vous vous souveniez de lui, que vous l'adoriez, que vous lui adressiez une prière pour obtenir sa grâce, que vous lui rendiez grâces pour les faveurs qu'il vous a faites et qu'il vous fait encore au milieu de vos troubles, que vous vous consoliez enfin auprès de lui aussi souvent que vous le pouvez.
Elevez votre cœur vers lui, même pendant vos repas et quand vous êtes en compagnie. Vous n'avez pas besoin de crier bien fort; il est plus près de nous que nous ne le pensons, ce n'est pas nécessaire d'être toujours à l'église pour être avec D.ieu.
Nous pouvons faire de notre cœur un oratoire dans lequel nous nous retirons pour nous entretenir avec lui dans la soumission, l'humilité et l'amour.

Tout le monde peut avoir ces entretiens familiers avec D.ieu, les uns plus, les autres moins; il sait ce dont nous sommes capables.
Commençons donc. Peut-être qu'il n'attend qu'une bonne résolution de notre part. Prenons courage. Nous n'avons que peu de temps à vivre encore, vous avez bientôt soixante-quatre ans et j'en ai presque quatre-vingt. Vivons et mourons avec D.ieu. Les souffrances nous seront douces et agréables si nous sommes avec lui, tandis que les plus grands plaisirs sans LUI seraient, pour nous, un cruel châtiment. Qu'il soit béni pour tout! Amen.
Habituez-vous ainsi peu à peu à l'adorer, à lui demander sa grâce, à lui offrir votre cœur de temps en temps au milieu de vos occupations et même à tout moment, si vous le pouvez.
Vivez dans la confiance en D.ieu et agissez avec amour et humilité.

Retour au menu

4. A propos des distractions

Vous n'êtes pas le seul à être distrait dans vos prières par vos pensées.
Notre esprit est extrêmement vagabond; mais comme la volonté est la maîtresse de toutes nos facultés, elle doit les rappeler et les ramener à D.ieu comme leur dernière fin.
Quand notre esprit, faute d'avoir été suffisamment discipliné par le recueillement dans les premiers temps de notre vie en D.ieu, a contracté certaines mauvaises habitudes de distraction et de dissipation, il est très difficile de les vaincre et, ordinairement elles nous entraînent, même contre notre volonté vers les choses de la terre.

Je crois qu'un remède à cela est de confesser nos fautes et de nous humilier devant D.ieu.
Je ne vous conseille pas d'user d'une grande multiplicité de paroles dans vos prières, beaucoup de paroles et de longs discours étant souvent une occasion de distraction.
Tenez-vous en prière devant D.ieu, comme un mendiant muet et paralytique devant la porte d'un riche.
Que votre premier soin soit de maintenir votre esprit en la présence du Seigneur. Si parfois votre esprit erre et s'égare loin de lui, ne vous en faites pas trop de soucis, le trouble et l'inquiétude ne servent qu'à distraire l'esprit plutôt qu'à le recueillir; la volonté doit simplement le ramener à D.ieu, et si vous persévérez ainsi, D.ieu aura pitié de vous.

Un sûr moyen d'avoir, au temps de la prière, un esprit tranquille et recueilli, est de ne pas le laisser errer à l'aventure en tout temps; vous devriez le garder toujours strictement en la présence de D.ieu.
Alors, accoutumé à penser à lui souvent, vous trouverez facile de garder votre esprit calme au moment de la prière Ou, du moins, de le rappeler s'il se dissipe.

Retour au menu

5. Du bon usage de son temps

Rappelons-nous que notre seul devoir dans cette vie est de plaire à D.ieu, et qu'en dehors de cela tout n'est que folie et vanité.
Avons-nous employé notre temps à aimer et à servir D.ieu qui nous a appelés pour cette fin?
Je suis rempli de honte et de confusion quand je réfléchis, d'une part aux grandes faveurs que D.ieu m'a faites et continue à me faire, d'autre part au mauvais usage que j'en ai fait et à mon peu d'avancement dans la perfection.

Puisque, dans sa miséricorde, il nous donne encore un peu de temps, mettons-nous sincèrement à l'œuvre, rachetons le temps perdu, retournons avec une pleine assurance à ce Père des miséricordes qui est toujours prêt à nous recevoir avec affection. Renonçons, renonçons généreusement, par amour pour lui, à tout ce qui n'est pas lui; il est digne d'infiniment plus.

Pensons à lui constamment.
Mettons toute notre confiance en lui.
Je ne doute pas que nous n'en ayons bientôt les effets en recevant l'abondance de sa grâce, par laquelle nous pouvons tout et sans laquelle nous ne pouvons rien que pécher.
Nous ne pouvons échapper aux dangers qui abondent dans la vie sans le secours actuel et constant de D.ieu; demandons le donc constamment.

Comment pouvons-nous le prier sans être avec lui ? Et comment pouvons-nous être avec lui sans penser à lui souvent. Et comment pouvons-nous penser à lui souvent si ce n'est en formant une sainte habitude?

Vous me direz que je répète toujours la même chose. C'est vrai, car c'est la méthode la meilleure et la plus facile que je connaisse. Et, comme je n'en emploie pas d'autres, je la conseille à tout le monde.
Nous devons connaître avant de pouvoir aimer. Pour connaître D.ieu, nous devons souvent penser à lui et quand nous l'aimerons, nous penserons aussi à lui souvent, car notre cœur sera là où est notre trésor.

Retour au menu

6. D.ieu à la première place

Nous devons aimer nos amis mais sans empiéter sur l'amour pour D.ieu qui doit occuper la première place.

Rappelez-vous, je vous prie, ce que je vous ai recommandé, c'est-à-dire de penser souvent à D.ieu, de jour, de nuit, dans vos occupations et même dans vos moments de délassement.
Il est toujours près de vous et avec vous. Ne le laissez pas seul. Vous n'oseriez pas laisser seul un ami qui viendrait vous visiter : alors, pourquoi D.ieu devrait-il être négligé? Ne L'oubliez donc pas, mais pensez à lui souvent, adorez-le continuellement, vivez et mourez pour lui.

Retour au menu

7. Dans la maladie

Je ne prie pas pour que vous soyez délivré de la maladie et de vos souffrances mais je prie D.ieu sincèrement qu'il vous donne la force et la patience pour les supporter aussi longtemps qu'il lui plaira.
Fortifiez-vous en Celui qui vous tient lié à la Croix. Il vous déliera quand il le jugera bon. Heureux ceux qui souffrent avec lui! Accoutumez-vous à souffrir de cette manière et cherchez en lui la force d'endurer autant et aussi longtemps qu'il le jugera nécessaire pour vous.

Les gens du monde ne comprennent pas ces vérités et on ne peut s'en étonner, car ils souffrent comme des mondains et non comme des chrétiens. Ils considèrent la maladie comme une souffrance pour la chair et non comme une faveur de D.ieu; et ne la voyant qu'à cette lumière, ils n'y trouvent rien que chagrin et détresse.
Mais ceux qui reçoivent la maladie de la main de D.ieu et la considèrent comme l'effet de sa miséricorde et le moyen qu'il emploie pour leur salut, ceux-là y trouvent ordinairement une grande douceur et une réelle consolation.

J'aimerais que vous puissiez vous convaincre que D.ieu est souvent (dans un certain sens) plus près de nous, et plus réellement présent avec nous dans la maladie que dans la santé. Ne comptez sur aucun autre médecin car, selon moi, il se réserve de vous guérir lui-même. Mettez donc toute votre confiance en lui et vous recevrez bientôt les effets dans votre guérison, guérison que nous retardons souvent, en mettant plus de confiance dans les remèdes qu'en D.ieu.
Quelques remèdes que vous preniez, ils n'agiront que dans la mesure où il le permettra.

Quand la souffrance vient de D.ieu, lui seul peut la guérir. Il envoie souvent les maladies du corps pour nous sauver de celles de l'âme. Consolez-vous dans le souverain médecin de l'âme et du corps. Soyez content de la condition dans laquelle D.ieu vous place. Persévérez donc toujours avec D.ieu : c'est le seul secours et la seule consolation pour votre affliction.

Retour au menu

8. Placer sa foi en D.ieu

Si nous étions mieux accoutumés à pratiquer la présence de D.ieu, toute maladie corporelle serait, par-là, beaucoup adoucie.
D.ieu permet souvent que nous souffrions un peu pour purifier nos âmes et nous obliger à persévérer avec lui.
Prenez courage, offrez-lui constamment vos douleurs, demandez-lui la force de les endurer.

Surtout, prenez l'habitude de vous entretenir souvent avec D.ieu et de l'oublier le moins possible.
Adorez-le dans vos infirmités, offrez-vous vous-même à lui de temps en temps; et, au fort de vos souffrances, suppliez-le humblement et affectueusement comme un enfant à son père, de vous rendre conforme à sa sainte volonté.
D.eu a bien des manières de nous attirer à lui.

Quelquefois, il se cache de nous mais la foi seule, qui ne nous fera pas défaut au moment du besoin, doit être notre soutien et le fondement de notre confiance, laquelle doit être toute en D.ieu.
Je ne sais pas comment D.ieu en disposera avec moi: je suis toujours heureux.

Le monde entier souffre et moi, qui mérite la plus sévère discipline, j'éprouve une joie si continuelle et si grande que je puis à peine la contenir.
Si D.ieu me laissait un instant à moi-même, je serais le plus misérable des hommes. Et cependant, je ne vois pas comment D.ieu pourrait me laisser car la foi me donne la conviction qu'il ne nous abandonne jamais tant que nous ne l'avons pas abandonné les premiers.
Craignons de le quitter. Soyons toujours avec lui. Vivons et mourons en sa présence.

Retour au menu

9. Faire de nécessité vertu

Je suis en peine de vous voir souffrir si longtemps. Ce qui me soulage et adoucit les sentiments que j'éprouve au sujet de vos douleurs, c'est qu'elles sont une preuve de l'amour de D.ieu pour vous. Considérez-les à ce point de vue et vous les supporterez plus facilement.

Puisque, malgré tous vos soins, la médecine s'est montrée impuissante et que votre maladie s'aggrave encore, ce ne sera pas tenter D.ieu que de vous abandonner entièrement entre ses mains et d'attendre tout de lui.

Je vous ai dit, dans ma dernière lettre, qu'il permet quelquefois les maladies du corps pour guérir celles de l'âme.
Ayez donc bon courage. Faites de nécessité vertu. Demandez à D.ieu non la délivrance de vos douleurs mais la force pour supporter résolument, pour l'amour de lui, tout ce qu'il lui plaira.
De telles prières sont, il est vrai, dures à la chair mais d'autant plus agréables à D.ieu et douces pour celui qui l'aime.

L'amour adoucit la peine; et quand on aime D.ieu, on souffre pour l'amour de LUI avec joie et courage.
Qu'il en soit ainsi pour vous, je vous en supplie. Consolez-vous auprès de lui qui est le médecin de toutes nos maladies. Il est le Père des affligés toujours prêt à secourir. Il nous aime infiniment plus que nous ne pensons: aimez-le donc et ne cherchez pas la consolation ailleurs. J'espère que vous la recevrez bientôt.

Retour au menu

10. Frappez et on vous ouvrira

J'ai été souvent près de la mort mais je n'ai jamais été aussi heureux qu'alors. Aussi n'ai-je pas prié pour du soulagement mais pour avoir la force de souffrir avec courage, humilité et amour.

Quelques grandes que puissent être vos souffrances, recevez-les avec amour.
Si nous voulons jouir de la paix du paradis dans cette vie, il nous faut nous accoutumer à une conversation familière, humble et affectueuse avec lui.

Nous devons retenir nos esprits d'errer loin de lui en toute occasion, faire de nos cœurs un temple spirituel où nous l'adorions continuellement, veiller constamment sur nous-mêmes, afin de ne rien faire ou dire ou penser qui puisse lui déplaire.
Quand nos esprits sont ainsi occupés de D.ieu, la souffrance devient pleine d'onction et de consolation.

Je sais que pour arriver à cet état, le commencement est très difficile ; car nous devons agir purement par la foi.
Mais nous savons aussi que nous pouvons toutes choses par la grâce de D.ieu, que D.ieu ne refuse jamais à ceux qui la demandent sincèrement.

Frappez, persévérez à frapper. Je me fais garant qu'il ouvrira au temps convenable et vous accordera, en une fois, ce qu'il a différé de vous donner pendant des années.

Retour au menu

11. Connaître D.ieu et le reconnaître

D.ieu sait mieux que nous ce qui nous est bon et tout ce qu'il fait est pour notre bien.
Si nous savions combien il nous aime, nous serions toujours prêts à recevoir de lui également le doux et l'amer: tout ce qui vient de lui nous plairait.

Les plus douloureuses afflictions ne nous paraissent intolérables que lorsque nous les voyons à une fausse lumière. Quand nous les verrons dans la main de D.ieu qui les dispense, quand nous saurons que c'est notre Père qui nous aime, qui nous humilie et nous met dans la détresse, nos souffrances perdront leur amertume et se changeront en consolation.

Que tous nos efforts tendent à connaître D.ieu: plus nous Le connaîtrons, plus nous désirerons le connaître.
Comme l'amour est ordinairement en proportion de la connaissance, plus notre connaissance sera grande et profonde, plus grand aussi sera notre amour. Et si notre amour pour D.ieu est grand, nous l'aimerons également dans les peines comme dans les plaisirs.

Retour au menu


Textes actualisés et remis en forme par Phil Edengarden © 2016

→ Retour au sommaire