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QUELLE EST CETTE CROIX QUE VOUS DEVEZ PORTER ?

Porter sa croix, ce n’est pas se charger de ses problèmes ; c’est mourir à soi-même.

Chers frères et sœurs, j’imagine que vous connaissez l’expression «porter sa croix», tant elle est devenue courante, même parmi les non-croyants ? Cette expression est devenue synonyme de ce poids de difficultés et de souffrances que tout un chacun doit endurer tout au long de son existence sur cette terre. Pour la plupart des gens, même pour les non-croyants, cette expression fait référence à Yéchoua qui porta lui-même sa croix jusqu’au lieu de son exécution, avec force courage et détermination.

En réalité, cette formule langagière trouve son origine dans les évangiles synoptiques, à savoir Matthieu, Marc et Luc. J’insiste sur le fait qu’elle semble avoir été prononcée par Yéchoua durant son ministère public, c’est-à-dire bien avant sa condamnation à mort et son exécution par crucifiement. Voici les paroles de Yéchoua telles qu’elles nous ont été rapportées dans l’évangile selon Matthieu.

Alors Yéchoua dit à ses disciples: Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera. Et que servirait-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perdait son âme? Ou, que donnerait un homme en échange de son âme? Car le fils d'homme doit venir dans la gloire de son père, avec ses anges; et alors il rendra à chacun selon ses œuvres (Matthieu 16 :24-27).

Une citation que j’ai trouvée sur Internet résume bien la manière avec laquelle la plupart des chrétiens interprètent cette invitation de Yéchoua à porter sa croix. Elle est de l’abbé de Brandt et date de 1860:Un grand nombre de personnes portent leur croix : elles souffrent, elles sont affligées, humiliées ; mais, comme elles ne portent pas la croix avec l’esprit de Yéchoua et pour son amour, c’est sans mérite pour leur salut.

Frères et sœurs, êtes-vous satisfaits de cette interprétation ? Est-ce bien là ce que Yéchoua nous a dit ? Si c’est le cas, pouvez-vous me décrire en quoi consiste cette croix que vous allez devoir porter courageusement tout au long de votre existence, que ce soit avec ou sans l’aide de D.ieu ? En quoi consiste votre croix ? Et pouvez-vous, en toute honnêteté, me dire en quoi cette croix-là diffère des vicissitudes de la vie que doivent endurer tous les êtres humains qui cheminent sur cette terre, qu’ils soient ou non chrétiens ? Quelle est donc cette lourde charge que vous pensez devoir porter sur votre dos et dont Yéchoua ne soit pas capable de vous libérer ?

Personnellement, j’ai eu beau me creuser la cervelle à de maintes reprises, je ne suis pas arrivé à définir avec précision en quoi consistait concrètement cette croix dans ma vie. Certes, comme tout le monde, il me faut faire face à toutes sortes de difficultés, il me faut traverser des épreuves. Mais Yéchoua ne parle pas de croix au pluriel. Yéchoua parle d’une seule croix. Alors, cette croix qu’il faut choisir de porter personnellement pour être un authentique disciple de Yéchoua, qu’est-ce que cela peut être ?

Pour répondre à cette question, j’ai cherché à comprendre ce que cette image pouvait réveiller dans l’esprit des auditeurs de Yéchoua, lorsqu’il prononça ces paroles il y a plus de 2000 ans. Car ce message, je vous le rappelle, il le délivra bien avant sa crucifixion, bien avant qu’on puisse relire cette invitation de Yéchoua à partir du récit de sa Passion et sa mort sur une croix. Et ce message, il le délivra à des croyants qui attendaient un messie libérateur, un personnage royal qui les délivrerait du joug de l’oppression romaine.

À l’époque de Yéchoua, que ce soit en Galilée ou en Judée, tout le monde connaissait ce mode d’exécution barbare et tout le monde savait à qui il était destiné en exclusivité. Le crucifiement était un supplice infamant et servile, réservé d’abord aux esclaves qui avaient pris la fuite, puis étendu aux seuls étrangers non libres de l'empire romain qui s’étaient rendus coupables de «crime de lèse-majesté», c’est-à-dire tout crime commis contre le peuple romain ou contre sa sécurité, qu’il s’agisse de sabotage ou de sédition. Ce mode d’exécution n’était donc pas destiné aux simples voleurs ou autres malfaiteurs de droit commun.

Yéchoua n’était pas citoyen romain et remplissait déjà l’un des critères qui le rendaient éligible pour le crucifiement. Mais il fallait que le motif de sa condamnation à mort par crucifiement fût politique. Il fut donc condamné par le gouverneur romain Ponce Pilate pour sédition, pour instigation à l'émeute, à la révolte et au soulèvement contre la puissance établie. C’est de cette manière que les détracteurs de Yéchoua présentèrent les choses à Pilate pour obtenir sa mise à mort par crucifiement. C’est donc le motif politique qui décida du sort de Yéchoua de Nazareth, roi des Juifs. Et, selon le droit romain, la peine encourue pour ce crime de lèse-majesté était le crucifiement.

En toute logique, toute évocation de la croix dans le discours de Yéchoua devait donc, dans l’esprit de ses auditeurs, rappeler aussitôt le crime de lèse majesté qui lui était associé. C’est un peu comme si nous pouvions reconnaître un produit sur une facture à partir du tarif affiché. Les Juifs savaient que tel péché était puni par tel acte de condamnation. En toute logique, tel acte de condamnation renvoyait automatiquement au crime lui-même, tout comme cela se passe encore actuellement dans certains pays islamistes où l’amputation d’une main correspond au châtiment réservé au vol, où l’ablation de la langue correspond à la peine encourue pour le faux témoignage ou le mensonge, etcétéra.

Les paroles de Yéchoua rapportées dans le passage de Matthieu que nous avons lu tout à l’heure apparaissent donc sous un jour nouveau dès qu’on les replace dans leur contexte d’origine. Ce que Yéchoua annonce dans ce passage, c’est qu’Il n’est pas le messie politique attendu et quiconque prendra la décision de le suivre n’aura aucune garantie quant à sa sécurité. Pire : en refusant de servir la chair et Mammon, le disciple représentera une menace pour l’ordre établi. Et Yéchoua connaît suffisamment le prince de ce monde pour savoir à quel point ce dernier peut être violent. Le Satan ne veut en aucun cas perdre les proies qu’il tient captives dans ses filets. Yéchoua nous annonce donc la couleur. Ce dont Il prévient les candidats-disciples, c’est qu’ils vont inéluctablement entrer en conflit avec le système politique mis en place par l’antichrist et que cela va leur attirer des ennuis, des persécutions, des poursuites judiciaires et des condamnations qui peuvent aller jusqu’à la peine de mort. En d’autres termes, Il nous dit que choisir de le suivre n’implique rien de glorieux en ce monde mais, au contraire, revient à signer son arrêt de mort : cela implique qu’on doive risquer sa peau. Alors, mes amis, êtes-vous prêts à suivre Yéchoua au péril de votre propre vie ?

Nous savons que les premiers chrétiens de Rome ont répondu présent à l’appel de Yéchoua et que bon nombre d’entre eux furent arrêtés. Les uns furent crucifiés, les autres furent brûlés vifs ou jetés en pâture aux fauves. Mais l’histoire de cette lutte acharnée entre le Satan et l’église de D.ieu ne s’est pas arrêtée avec la chute de l’empire romain. Un régime politique dont les valeurs sont antichrist peut s’effondrer, il en naît aussitôt un autre ailleurs, parce que le prince de ce monde et ses sbires continuent d’exister, de manœuvrer pour empêcher l’avènement du royaume de D.ieu. Et nous constatons que sous quelque régime totalitaire que ce soit, les chrétiens subissent encore et toujours des persécutions qui vont jusqu’à l’arrestation, l’internement dans des camps, la torture ou l’exécution.

L’engagement que Yéchoua attend de nous est total. Yéchoua nous met en garde : le suivre ne signifie pas que tout dans notre vie va devenir tout rose. Yéchoua ne nous mène pas sur un chemin de splendeurs. Suivre Yéchoua implique qu’on doive renoncer à sa vie, qu’on doive évoluer en ce monde comme si une sentence de mort avait déjà été prononcée à notre encontre. La suite du récit évangélique nous l’a montré : Yéchoua lui-même n’a pas échappé à cette condamnation à mort de la chair. Le serviteur n’étant pas au-dessus de son maître, nous devons, par conséquent, nous attendre à subir le même sort que lui. Mais n’ayons pas peur, puisque, comme nous y invite Yéchoua dans un autre passage de ce même évangile selon Matthieu (Matthieu 10,28-31) :Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne. Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou? Cependant, il n'en tombe pas un à terre sans la volonté de votre père. Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point: vous valez plus que beaucoup de passereaux.

MATTHIEU 10,38

Celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n'est pas digne de moi.

LUC 14,27

Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple.

LUC 9,23-27

Puis il dit à tous: Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive.

MARC 8,34

Puis, ayant appelé la foule avec ses disciples, il leur dit: Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive.

ACTES 14,21-22

Quand ils eurent évangélisé cette ville et fait un certain nombre de disciples, ils retournèrent à Lystre, à Icone et à Antioche, fortifiant l'esprit des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, et disant que c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de D.ieu.

2 TIMOTHÉE 3,11-12

Quelles persécutions n'ai-je pas supportées? Et YHWH m'a délivré de toutes. Or, tous ceux qui veulent vivre pieusement en Yéchoua, le Christ, seront persécutés.


Phil EDENGARDEN © 2016

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