RETOUR

Gédéon ou la victoire des nuls

Qui ne connaît pas déjà l'histoire de Gédéon et de sa victoire éclatante contre les Madianites, rapportée dans les chapitres 6 et 7 du livre des Juges ?

Dans ce sermon intitulé « Gédéon ou la victoire des nuls », Frère Rémi Schappacher braque les projecteurs sur D.ieu et non sur l'homme : c'est Lui qui décide de la stratégie capable de mettre en fuite l'envahisseur et c'est Lui qui remporte la victoire contre les ennemis du petit peuple qu'il s'est choisi.

Pour parvenir à ses fins, il n'a besoin que d'un petit groupe de gens pas très futés mais réellement confiants et obéissants.

Marcher dans la foi

Le récit dont il va être question dans ces lignes s’inscrit dans un contexte précis : Le peuple d’Israël s’est détourné de son D.ieu. Privé des bénédictions et de la protection de D.ieu, il se retrouve sous la coupe d’un peuple barbare qui le terrorise : les Madianites. Les gens se terrent dans des grottes et, dans ce contexte affreux, chacun tente de survivre comme il peut. Au bout de 18 années sous ce régime épouvantable, les Israélites finissent par crier à D.ieu pour qu’il les sauve de leurs oppresseurs. En réponse à leurs insistantes supplications, D.ieu consent à répondre. Voici comment :

A ce moment-là, l’ange du Seigneur vint et s’assit près d’un arbre qui appartenait au père de Gédéon. Gédéon était en train de dé-piqueter du blé et il le mettait dans un pressoir à olives à une époque de l’année où ce n’était pas le moment de presser les olives. Et il faisait tourner le pressoir à olives pour faire de la farine sans que les Madianites comprennent ce qui se passe. Donc, il a sauvé un tout petit peu, comme il peut... Il sauve les meubles en se faisant un peu de farine dans un coin pour son clan, pour sa famille.

Le vaillant guerrier

A ce moment-là, donc, l’ange du Seigneur lui apparut près du pressoir où il était en train de faire ses petits arrangements pour ne pas crever tout de suite. Et il lui dit: « Je te salue, la paix soit avec toi, vaillant guerrier! » A cet instant, Gédéon lui dit: « Pardon ? Te moques-tu de moi en me traitant de vaillant guerrier ? Tu ne vois pas que je suis en train de m’arranger comme je peux, que je suis plus trouillard que les autres et tu m’appelles vaillant guerrier ? »

Et voici comment il se débine: « Pardon mon seigneur, si tu es vraiment avec nous, d’où vient ce qui nous arrive ? »
Avez-vous vu comment il s’y prend? Il fait passer la salutation que l’Ange lui adresse personnellement à un « nous » collectif... Mais l’ange lui signifie que c’est bien à lui et à personne d’autre qu’il souhaite s’adresser.

Gédéon poursuit : « Nos pères nous ont raconté les prodiges que tu opérais autrefois, quand nous étions en Egypte. Maintenant, tu nous as abandonnés et tu nous as livrés au pouvoir de Madian. » Alors le Seigneur se tourna vers lui et lui dit: « Va avec la force qui t’anime et tu sauveras Israël de la main de Madian. N’est-ce pas moi qui t’envoie ? »

Un réveil progressif

Voilà un type dont la seule force qui l’anime, c’est de se planquer et l’ange lui dit: « Et tu sauveras, par ta main, Israël de Madian ! » Or, sa main, pour l’instant, elle dérobe du blé dans un coin pour le sauver, lui et les siens! Et au lieu de lui répondre : « Comment cela se fera-t-il ? », il dit: « Pardon, mon Seigneur, comment sauverais-je Israël, mon clan est le plus pauvre et moi, je suis le dernier de la maison de mon père. » Il allègue sa misère et il dit : « Je ne suis rien. Comment pourrais-je être victorieux et remporter des victoires pour les autres alors que je ne suis rien? »

Le Seigneur lui dit: « Je serai avec toi et tu battras Madian qui ce n’était qu’un seul homme. » Gédéon lui réplique : « Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, donne-moi un signe que c’est Toi qui me parles. Ne t’éloignes pas d’ici jusqu’à ce que je revienne et je t’apporterai mon offrande. » Et le Seigneur lui dit: « Je resterai jusqu’à ton retour. » On ne nous dit pas combien de temps il est parti. Dix minutes ? Un an ? Deux ans ? On ne sait pas combien de temps il est parti, en train de réfléchir à ce truc-là et puis de remettre ça au lendemain !

Et en fin de compte il va revenir et lui faire une offrande – même si ce que D.ieu veut, c’est qu’il s’offre lui-même – et le Seigneur va faire surgir un feu de la roche qui va consumer la viande, les pains, le levain, pour ensuite disparaître aux yeux de Gédéon. A ce moment, réalisant que c’était bien le Seigneur qui lui avait parlé, Gédéon prit peur, ce qui est signifié par ces paroles : « J’ai vu le Seigneur face à face » et la réponse du Seigneur qui lui di: « N’aie aucune crainte, tu ne mourras pas. »

Modestes commencements

Alors, la première chose que Gédéon va faire, c’est tenter un petit coup d’éclat. Le Seigneur lui avait demandé de faire tomber les idoles – pas les idoles du pays mais celles de sa propre maison.

Comment faire pour faire sortir les occasions de péché de l’intérieur de ma propre maison ? Comment faire sortir cet ordinateur, cette télévision, ces bouteilles, etcetera ?

Or, le père de Gédéon avait placé un poteau consacré au D.ieu Baal devant sa maison, en un endroit élevé que tous les habitants de la ville pouvaient voir. Et afin de renverser le pieux sacré de son père, pour ne pas faire ça tout seul, Gédéon avait mobilisé d’autres gens de la ville avec qui il fit ça de nuit! « Courage, fuyons! » Oui, il avait la trouille !

Ce n’est peut-être pas bien glorieux, mais commencez vous aussi par un petit quelque chose. Débarrassez-vous de ce qui vous encombre quand même un peu.

Le vaillant guerrier a donc commencé de nuit. Le récit nous dit que, dès le lendemain matin, une enquête a été menée pour savoir qui avait fait ça. En arriver à la conclusion: «C’est sûrement Gédéon qui a fait le coup!» laisse entendre à mi-mots quelques indications au sujet de la personnalité de Gédéon. Ce devait être un petit, qui aimait D.ieu, qui aimait la louange et l’adoration mais qui avait perdu beaucoup de temps à d’autres idioties. Et le voici en train de revenir à l’adoration et de reprendre du terrain sur l’ennemi.

Une armée de 32.000 hommes

Alors, aguerri par son coup d’éclat, il va lever une armée qui va compter plusieurs milliers d’hommes. Mais le Seigneur intervient, un peu comme s’il disait : « Ils sont trop nombreux, tu vas te prendre au sérieux. » Car il ne s’agit pas d’être fort, il ne s’agit pas d’être devenu un champion, il s’agit simplement d’être un petit qui se tient disponible et attend tout de D.ieu. Et de peur qu’Israël remporte la bataille contre Madian en raison du nombre d’hommes et de la force déployée, pour éviter qu’Israël se juge soudain capable de se prendre en main tout seul et tire gloire de la victoire, D.ieu organise une sélection parmi le peuple.

D.ieu dit à Gédéon : « Proclame donc ceci : que celui qui a peur et qui tremble s’en retourne chez lui. » Au fond, cela ne semble pas plus mal que les plus trouillards s’en aillent, comme ça on garde au moins les plus valeureux. En réalité il n’y a que les inconscients pour ne pas avoir peur! Si tu trembles devant un combat, c’est que tu en as mesuré toute l’importance. Ceux que D.ieu est donc en train d’enlever sont justement ceux qui ont mesuré l’enjeu et vont se tenir debout comme des courageux. Les autres sont des héros d’un jour, parce qu’on ne l’est pas deux fois quand on est passé par là. Ce sont simplement des inconscients. Et voilà que D.ieu retire de l’armée ceux qui tremblent à juste titre devant une épreuve de taille. Il n’y a pas de honte à trembler devant une épreuve de taille : ça veut dire qu’on a pris conscience du danger. Voici donc Gédéon dépourvu de tous ceux qui auraient pu montrer du courage pendant l’assaut.

22.000 hommes parmi le peuple s’en retournèrent, il en resta environs 10.000. Le Seigneur dit alors à Gédéon : « Ce peuple est encore trop nombreux, fais-les descendre au bord de l’eau et là je les éprouverai... Tous ceux qui laperont l’eau avec la langue comme lape le chien, tu les mettras d’un côté et ceux qui s’agenouilleront pour boire, tu les mettras de l’autre. » Autrement dit, D.ieu demande d’opérer une sélection entre les plus intelligents, qui ne relâchent ni leur arme ni leur vigilance quand il s’agit de se désaltérer, et les inconscients, qui laissent tout tomber pour boire en étant étendu à même le sol sans possibilité de réagir en cas d’attaque de l’ennemi.

« Le nombre de ceux qui lapèrent l’eau était de 300. » Et c’est ce groupe-là que D.ieu confie au commandement de Gédéon pour sauver Israël alors que tous les autres sont invités à rentrer gentiment chacun chez soi.

Ne pas s’appuyer sur ses propres forces.

Ayant saisi le plan de D.ieu, Gédéon décide alors de répartir la troupe dont il dispose encore en trois groupes distincts de 100 hommes et pour toute arme, il donne à chacun une trompette, c’est-à-dire un chofar, et des cruches vides. « Vous placerez une torche enflammée à l’intérieur de la cruche. » Voila ce qu’ils ont pour se battre: une trompette et une cruche ! Ils vont donc partir contre l’ennemi non pas avec un arsenal mais avec la voix de leur cœur et les vases d’argile qu’ils sont. Oui, vous contenez un trésor dans des vases d’argile : le Saint-Esprit, le feu de cette torche dévorante dans cette terre cuite. C’est tout.

Gédéon propose alors aux 300 qui le suivent de l’imiter : « Quand je serai arrivé au bord du camp, ce que je ferai, vous le ferez aussi. Je sonnerai de la trompette, alors vous aussi, vous sonnerez de la trompette tout autour du camp et vous crierez : Pour le Seigneur et pour Gédéon ! » C’est un cri de victoire, comme pour la prise de Jéricho. Gédéon et ses compagnons n’attendent pas que l’ennemi vienne les chercher: arrivés aux abords du camp ennemi, ils y veillent toute la nuit et au moment donné, ils sonnent de la trompette et brisent les cruches qu’ils ont à la main.

A ce moment, de la main gauche, ils saisissent les torches que contenaient les cruches d’argile et de la droite, ils tiennent le shofar qu’ils font résonner. Autant dire que ce qu’ils font est stupide ! Car quand on a pris une trompette avec soi pour se faire remarquer, on garde encore au moins la torche dans la main habile pour se défendre. Or D.ieu demande de garder la main habile pour la trompette et la voix du cœur. Et la main gauche ? C’est sans doute pour battre la mesure...

Une stratégie surprenante

Au lieu d’attaquer, chacun se tient immobile à sa place, sans bouger, une trompette à la bouche pour signaler sa présence et une torche à la main pour se faire repérer dans l’obscurité de la nuit. « Coucou, on est là ! » Il faut bien que ce soient 300 imbéciles, non ? Ou simplement 300 enfants qui font tout comme D.ieu leur dit de faire... 300 justes qui savent en leur âme et conscience que ce n’est ni par puissance ni par force, ni par les armes de personne, mais de par D.ieu, parce que la terre n’est à personne d’autre que D.ieu.

Et se tenant ainsi au service de l’Esprit-Saint de D.ieu, ils vont énerver à un point tel les esprits du monde des ténèbres que les Madianites, terrorisés et aveuglés, vont prendre la fuite, se retourner les uns contre les autres et finalement se massacrer entre eux, libérant ainsi Israël du joug et de l’oppression qui pesait sur lui.

REMI SCHAPPACHER

→ Retour au sommaire